Sainte Dévote, patronne de la Corse
De la dévotion à la Sainteté
Selon sa légende, la jeune Divota serait née au hameau de Quercio, sur la commune de Lucciana le 27 janvier 284, même si de rares voix discordantes font état d’une naissance à Nice, menant une enfance très pieuse elle connu hélas le martyr sous le règne de l’Empereur romain Dioclétien.Ce dernier étant devenu César en 285 semblait avoir voué son règne à la lutte contre le christianisme, cette "religio illicita", et pour tout dire celui qui était surpris en train de s’adonner à la foi était puni d’une mort aussi sure que douloureuse. Il faut dire en effet que Dioclétien était descendant de Jupiter et de la parenté d’Hercule, ce en quoi réside sans doute le pourquoi du comment.
Toujours est-il que la Corse, une terre soumise à Rome et qui était le plus proche et le plus sûr refuge pour les futurs martyrs de ce règne policier et sanguinaire n’allait pas être un havre de paix. Cela fut la règle de toutes les îles "italiques" puisque par exemple Sainte Lucie reçu le martyr en Sicile à la même époque que Divota.
De fait l’Empereur romain chargea un dénommé Barbarus de gouverner l’ile sous le plus strict respect des lois, ce que ledit gouverneur, fidèle à son nom, s’empressa de faire d’autant qu’il appris que Divota, la jeune dévote qui avait pour coutûme de s’adonner à la prière dans la grotte de Nepiticcia, avait trouvé refuge chez un noble de nos contrées dénommé Eutice qui habitait à Mariana (commune actuelle de Lucciana) alors colonie romaine.
Devant les résistances dudit noble à lui livrer la jeune fille, il ne fit pas dans la demi mesure et fit empoisonner le récalcitrant avant de s’attacher à faire renier ses croyances à la future martyre. Bon joueur Barbarus demanda en premier lieu à la jeune fille de sacrifier aux dieux mais fort mécontent de son refus, décida de la faire passer au supplice pour ce refus d’apostasier.
Laisse ton Dieu crucifié, lui dit Barbarus, et adore le génie de l’empereur
A Dieu ne plaise, j’appartiens à Jésus
On raconte ainsi que Divota fut trainée les pieds et poings liés jusqu’au lieu où loin d’en venir à renier sa foi elle succombera sous les coups et tortures, ce lieu ne serait autre que celui qu’occupe l’église Santa Maria Assunta de Lucciana, soit la Canonica.

Cathédrale Santa Maria Assuntà de Lucciana, dite la Canonica
Ici, la légende diverge puisque s’il est admis qu’une colombe serait sortie de la bouche de la suppliciée à l’instant même de son dernier soupir, selon certains elle parla et déclara que Divota serait désormais sainte patronne de la Corse, selon d’autres elle se posa simplement sur la dépouille mortelle que deux hommes, des croyants, eurent pour mission de déposer dans une barque a destination d’ailleurs. Cette mission qu’ils reçurent d’un ange, ils l’honorèrent puisqu’ils trouvèrent tant la barque que le pécheur qui allait la conduire vers une calme sépulture.
C’est là que, chez les seconds, la colombe recouvre toute son importance, car Gratien, le pécheur, avait du mal à démarrer pour la bonne et simple raison qu’il ne savait pas ou conduire sa barque entendit la voix de Divota qui lui conseilla de suivre le vol de la colombe et que celle-çi lui indiquerait le lieu où il faudrait s’arrêter ; ainsi fut fait jusqu’au côtes monégasques, là où s’élevait une petite chapelle dédiée à Saint Georges.
Le culte de Sainte Dévote
Sainte Dévote est à juste titre honorée par les monégasques, elle est ainsi Sainte Patronne tant de la principauté que de la famille princière, à ce titre plusieurs journées de célébration sont prévues chaque année dans différents lieux de Monte-Carlo, les 26 et 27 janvier (ont met, entre autres actes commémoratifs, le feu à une barque de pêche comme il le fut peut-être fait en 304).
En Corse le culte de la Sainte n’eut pas le même succès que dans ce qui sera la future principauté de Monaco, mais comment pouvait-il en aller autrement si l’on tient compte de la taille respective de ces deux endroits et surtout de l’époque. Quoiqu’il en soit ce seront bien les monégasques qui participeront à la reconnaissance de la sainteté de la martyre en Corse, notamment en organisant le trajet de deux reliques vers la Corse aux XVIIe et XVIIe siècle.
Les corses se ré-approprièrent alors quasi-immédiatement Sainte Dévote à qui, on raconte, ils confièrent le haut patronage de la Corse en 1731 au début de la Révolution de Corse, les nationaux partant à l’assaut des troupes génoises sous les cris de "Santa Divota", ou encore par le fait de la création par le Général en chef de la nation corse, d’un ordre de chevalerie dont les membres portaient comme signe distinctif un médaillon à l’effigie de la Sainte.
Ce Saint patronage sera finalement consacré par un décret de la Congrégation des
Rites en date du 14 mars 1820 qui fera de sainte Dévote l’égal de Sainte Julie (Santa Giulia) en Corse.
C’est évidemment à Lucciana que la ferveur est actuellement la plus présente dans l’île, la commune entretenant à ce titre d’excellentes relations avec son homologue princière (elle sont ainsi jumelées depuis 2008).
A noter au titre de ces bonnes relations que le Prince régnant de Monaco, Rainier III, qui était venu avec son fils Albert le 9 juin 2003 se recueillir en la Cathédrale de la Canonica à Lucciana sur les lieux mêmes du martyr y a fait don d’une statue à l’effigie de la Sainte, ou encore que par acte solennel du 26 septembre 2009 la petit commune Corse de Lucciana devint la première localité de France a être jumelée avec la principauté de Monaco lors d’une nouvelle visite d’Albert, devenu prince régnant suite au décès de son père.
Lors de cette visite le Prince Albert II posa la première pierre du Centre de conservation et d’études de la Mariana destiné à accueillir les vestiges des fouilles archéologiques qui ont encore lieu dans cette commune.
Crédits photographiques © Hassan Bensliman - Fotolia
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